Dans le monde du rock britannique il existe trois Rogers célèbres. Le premier – Dartley – était le chanteur des Who, le deuxième – Waters – était le bassiste (et un temps leader) de Pink Floyd. Le troisième est Roger Taylor, le batteur de Queen.
L’homme aux baguettes, derrière la grosse caisse et les cymbales du groupe légendaire, est malheureusement très peu connu en dehors des fans du groupe. C’est normal…Les batteurs sont souvent dénigrés, de part leur position sur scène (derrière le chanteur et guitaristes) et leur instrument très particulier qu’on « tape » sans partitions ni notes. Ils sont souvent vus comme des bourrins au talent de composition et à la contribution minime au sein d’un groupe.
C’est loin d’être le cas de Roger Taylor, le membre le plus prolifique (à ce jour) en termes de composition au sein de Queen. En dehors de ses morceaux queeniens qui étaient assez nombreux (Radio Gaga, These are the days of our lives, A kind of Magic, Ride the wild wind, I’m in love with my car, Drowse, Tenement funster, Sheer Heart Attack etc), il a signé 9 albums ! Six en solo, trois avec son groupe The Cross…et on attend son 10ème album pour la rentrée de Septembre. Une liste impressionnante pour un excellent batteur dont les talents cachés de multiinstrumentiste et compositeur se sont révélés à partir des années 80, lorsqu’il avait 35-40 ans.
Roger était le premier des membres de Queen à voler de ses propres ailes avec a sortie en 1977 du single I wanna testify / Turn on the TV, suivis en 1981 & 1984 de deux albums Fun in Space and Strange Frontier plutôt moyens dont je n’ai retenu que le très bon Man on Fire, devenu au fil des ans un classique dans ses concerts.
La machine à écrire de Roger était en rodage pendant cette période des early 80s, elle se préparait pour pondre en une décennie (de 1988 à 1998) son pinacle constitué de cinq très bons albums : Trois avec son groupe The Cross et deux solo (Hapiness/Electric Fire).
The Cross était son projet parallèle qu’il a bâti après la tournée Live Magic des Queen en 1986, lorsque les quatre compères avaient décidé de prendre des vacances (bien méritées). Le premier album des Cross (Shove It) sorti en 1988 était orienté dance avec une particularité (une édition européenne et une édition américaine dont la playlist était légèrement différente) et quelques bijous : Le fameux Heaven for Everyone (avec une version chantée par Freddie et une par Roger) et les très bons Cowboys and Indians et Feel the Force. C’était un album assez expérimental qui a dérouté plus d’un fan de Queen et n’a pas été compris par le reste en raison de son avant-gardisme. Avec le recul je dirais que c’était un album assez représentatif du début des 80s, qui aurait pu marcher s’il était sorti quelques années plutôt.
Ensuite vint en 1990, Mad Bad and Dangerous to Know. Un album très rock, dans la lignée de Miracle (sorti une année plutôt), avec de très bons morceaux. Notamment une belle reprise de Foxy Lady de Hendrix et Power to Love, Liar, Final Destination. Le succès encore une fois n’était pas au rendez-vous. EMI déçue du résultat a rompu leur contrat et the Cross se sont tournés vers une maison d’édition allemande pour leur chant de signe, Blue Rock. Sorti en 1991 dans quelques pays uniquement, il était moins rock et plus pop que son prédécesseur, avec une belle playlist incluant mon chouchou New Dark Ages.
La mort de Freddie en 1991 a marqué la fin de « la croix » de Roger et son envol, pas tant en termes de notoriété mais en termes de qualité de composition et de militantisme. Hapiness ? sorti en 1994 était truffé de pépites sombres dont le chant anti-facho Nazis 1994, Revelations, Freedom train, Foreign Sand, The Key, Dear Mr Murdoch (une critique acérée du magnat des médias) et Old Friends dédié à son chanteur préféré. Quatre ans plus tard, en 1998, sortit Electric Fire. Plus brillant et optimiste que son prédécesseur, avec les délicieux Pressure on, Whisperers, Tonight, Where are you now et la reprise Working class hero de Lennon.
Au fil des ans son écriture est devenue plus espacée et contemplative. Elle n’a pas perdu son côté critique et militant. C’est le moins qu’on puisse dire en écoutant son single The Unblinking Eye (Everything is broken) … sa rhapsodie intemporelle sortie en 2010 en plein débat brexit.
Les années continuent de couler mais sa discographie n’a pas tari : En 2013 il y a eu l’excellent Fun on Earth (clin d’œil à ses débuts solo avec Fun in Space) puis Outsider en 2021. Et en Septembre de cette année il nous offrira un album au titre très éloquent Violence insane in a beautiful world.
Pour finir je dirai que Roger Taylor est bien plus qu’un batteur. C’est un artiste au sens noble du terme, un compositeur très talentueux, un « late bloomer » qui a su au fil des ans tisser une œuvre éclectique et spirituelle loin des boulevards commerciaux embrassant un large spectre musical : rock progressif, art rock, pop, blues et évidemment rock. C’est un humaniste qui a toujours usé de sa notoriété pour dénoncer les dictateurs, les capitalistes peu scrupuleux, les politiques tournées contre la nature et les hommes, les injustices. C’est un homme dont j’ai eu la chance de voir sur scène deux fois, dont une aux studios d’Europe 1, au milieu des années 90, avec une cinquantaine d’élus où il était à cinq mètres de moi…
Merci baba Roger !
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