Incontestablement Noir Désir est de loin le plus grand groupe de rock français. C’est une légende, un mort vivant. Mort de corps mais bien vivant d’esprit. Sur leur pierre tombale on retrouve deux années : 1980 et 2010. La deuxième est leur date de mort officielle mais concrètement ils ont été enterrés avec la mort tragique de Marie Trintignant, la compagne de leur frontman Bertrand Cantat en 2003. Cela n’aurait pas pu être autrement. Avec un nom pareil cela n’aurait pas pu finir avec une mort « naturelle ». Avec leur dernier album sorti le 11 Septembre 2001 cela n’aurait pas pu finir autrement. Le désir noir a posé son ombre sur le chanteur pour commettre un double crime odieux. Tuer une femme et le plus grand groupe français.
Nés en 1980, les bordelais ont mis un peu de temps avant de se faire connaître au niveau hexagonal. Le temps est toujours du côté des meilleurs et eux ils ont pris leur temps sans se presser pour arriver au sommet. En sillonnant dans un premier temps la scène locale, en sortant leur premier EP (Où veux tu que je te regarde ?) en 1987 et en produisant 5 albums magistraux en 14 ans. Cinq albums qui ont puisé leurs racines au post punk des années 80 pour s’élever en un rock d’une esthétique et d’une musicalité unique, renouvelée sans cesse au fil de leur existence.
Leur succès n’est surement pas dû à une promotion commerciale à coups de clips ou de passages aux émissions de variété (incontournables à l’époque pour percer) mais plutôt à la radio, aux bouches à oreille, à leurs concerts mémorables ainsi qu’à leur carapace anti-système qui ne pouvait que plaire à la jeunesse française. Il y avait également cette oscillation subtile entre la langue française et anglaise dans les paroles qui leur donnaient une stature internationale très sexy.
La plume poétique/militante et la voix malmenée (et maintes fois soignée) du chanteur, la guitare aux textures aériennes de Serge Teyssot-Gay, la section rythmique très dynamique et conquérante de Denis Barthe à la batterie/Frédéric Vidalenc puis Jean-Paul Roy à la basse étaient des flèches redoutables susceptibles de toucher le cœur d’un public avide de rock français authentique et original. Un rock qui n’avait rien à envier à tout ce qui se faisait de mieux à l’époque, outre atlantique ou du côté du Royaume Uni. Fiévreux et apaisé, enragé et puissant, sombre et lumineux.
Il m’est impossible de distinguer un de leurs cinq albums. Tous, de Tostaky au Ciment sous les plaines, de 666,67 Club à Veuillez rendre l’âme (à qui elle appartient), Des visages des figures sont des diamants qui brillent de couleurs différentes, qui sont bourrés de rythmes endiablés (Here it comes slowly, Ici Paris, Si rien ne bouge), de paroles contestataires et engagées (L’homme pressé, L’Europe, Un jour en France, The Holy economic war), de belles femmes (Alice, Mary, Marlène, Lola), de poésie (Aux sombres héros de l’amer, où veux-tu que j’te regarde, Si rien ne bouge, Des armes, En attendant Septembre, Le vent nous portera), d’hymnes (Tostaky, One trip one noise, Lazy, Comme elle vient), de reprises éclectiques (I want you, My Wild Love, Working Class Hero, Ces gens-là...).
La vie de Noir Désir a été comme il se doit pour un groupe de rock digne de ce nom : Chaotique et incertaine au début, excessive, tendue, couronnée de succès, mouvementée, conflictuelle. Puis, malheureusement, controversée à la fin car certain(e)s ne peuvent pas distinguer l’œuvre d’un artiste de sa vie privée. ☹
Quoi qu’il en soit, Noir Désir ont su capter l’air de leur temps et créer une œuvre mythique qui restera à jamais nichée au sommet du rock français. Elle a apporté énormément de joie et d’inspiration à tous ceux qui avaient/ont/auront un esprit jeune depuis les années 80 jusqu’à la fin du monde. Et ceci rien ni personne ne pourra leur enlever.
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